Autrefois, les églises médiévales de Louvain étaient émaillées des retables en tous genres et de toutes tailles. De cette profusion, il ne reste plus qu’un seul exemplaire sculpté important : le Retable de la Passion. À partir du mois de juin, il fera (à nouveau) partie de la présentation de la collection de M Leuven et les visiteur·rices pourront suivre les étapes d’analyse et de restauration de ce chef-d’œuvre âgé de cinq siècles.

Le soutien de M-cènes nous permet de réaliser l’étude préliminaire du Retable de la Passion. La moitié de leurs cotisations est toujours reversée à M-Life – et donc, à présent (les cotisations 2023, 2024 et 2025), à ce projet unique.

Une analyse en plusieurs étapes

Marjan Debaene, directrice du département d’Art ancien, est l’initiatrice de ce projet : « Cela fait des années que nous rêvons d’étudier le Retable de la Passion, et ce rêve, nous le réalisons aujourd’hui grâce au soutien de nos M-cènes. Le retable recèle encore de nombreux secrets et beaucoup de connaissances encore ignorées à ce jour. Pour pouvoir les découvrir, nous effectuons des recherches préliminaires approfondies avant d’entamer la restauration. »

L’année dernière, nous avons élaboré des plans et défini des questions de recherche, en concertation avec un comité scientifique. Quel est l’état actuel du retable ? Quels sont les procédés à effectuer lors des prochaines phases de recherche ? Que pouvons-nous entreprendre pour assurer la continuité du partage de connaissances ? Des questions auxquelles les membres du comité ont formulé des réponses.

En 2025, il sera enfin temps de passer à l’action. Pour le moment, nous menons deux types de recherches : d’une part, matérielles et techniques et d’autre part, historiques et artistiques. Vous trouverez ci-dessous une mise à jour sur ces deux volets.

Les recherches matérielles et techniques

Le Retable de la Passion se compose de dizaines de petits fragments et est recouvert de plusieurs couches de peinture et de vernis, ce qui empêche son nettoyage ou sa restauration immédiate. Au préalable, il faut pratiquer une analyse technique approfondie des matériaux. Et ce n’est qu’une fois que chaque fragment et chaque couche auront été soigneusement répertoriés et étudiés que le véritable travail pourra commencer. Nous avons donc dû rechercher un partenaire capable de mener à bien ce travail de bénédictin. Notre choix s’est porté sur IPARC. Au cours des prochains mois, vous verrez régulièrement le restaurateur Stijn Lenaerts s’affairer à l’analyse du retable dans la salle.

Voici ce qui a déjà été accompli

  • Cartographie de l’état actuel : nous dressons un état des lieux de la condition générale actuelle du retable, pas uniquement de manière globale, mais littéralement de chaque centimètre carré.
  • Photographie : nous prenons des photos pour les archives avant et pendant le traitement, et bien entendu après, afin de pouvoir donner une visibilité numérique au retable et à sa restauration.

 

Voici les étapes suivantes

  • Un traitement test : avant de nettoyer l’ensemble du retable, nous testons sur deux petits fragments avec quelle facilité (ou difficulté) le nettoyage peut s’effectuer et quel résultat nous obtenons. Sur cette base, nous établissons un plan pour le reste de l’œuvre.
  • Pour ces deux mêmes fragments, nous avons fait réaliser des dessins numériques avec des propositions détaillées de retouche, afin d’établir jusqu’à quelle couche nous pouvons nettoyer.
  • Proposition de traitement : une description détaillée du traitement recommandé, qui comporte une proposition pour les images à réaliser et les recherches nécessaires à la réussite de la restauration.
  • Description des conditions requises pour la réalisation du traitement effectif dans la salle, y compris un plan d’action.
  • Idéalement, une numérisation en 3D : à l’aide d’un scanner laser 3D, nous enregistrons l’ensemble du retable de manière numérique.

Ce printemps, l’accent sera surtout mis sur la cartographie détaillée de l’œuvre à l’aide de photos en haute résolution. En mai, le comité scientifique se réunira à nouveau pour discuter des premiers résultats. Ce n’est qu’une fois les recherches préliminaires achevées et les matériaux et techniques nécessaires clairement définis que les experts pourront déterminer de quelle manière il faudra restaurer le retable.

Het Antwerpse retabel in het Van Dale College in Les anciennes associations de Louvain van Adolphe Everaerts
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Het Antwerpse retabel in het Van Dale College in Les anciennes associations de Louvain van Adolphe Everaerts, 1880. Foto: Stadsarchief Leuven.

Recherche du point de vue de l’histoire de l’art

Nous n’analysons pas uniquement le retable, mais nous examinons également les archives en quête d’informations. Nous comparons le style de l’œuvre à celui de pièces analogues et nous effectuons des recherches bibliographiques. Tout cela afin d’acquérir le plus de connaissances possible sur le retable et pour le situer dans un contexte d’histoire de l’art.

Voici où nous en sommes :

À l’origine, le retable était sans doute posé sur le maître-autel de la chapelle du couvent des Augustines, sur le site ducal, dans la Brusselsestraat (rue de Bruxelles). Au XVIIIe siècle, un tableau a remplacé le retable – comme le voulaient les usages de l’époque – qu’on a alors transféré dans la salle commune du couvent. Nous l’avons appris grâce à un inventaire de 1847, dans lequel sont répertoriés avec précision tous les tableaux, sculptures et objets d’art de Louvain.

Après la chapelle et la salle commune du couvent, le retable s’est retrouvé dans différents endroits, toujours à Louvain. Il refait surface dans un dessin du Collège Van Dale datant de 1880 et conservé aux Archives de la ville de Louvain. Il existe également d’anciennes photos de l’œuvre d’art au Collège Van Dale, au Grand Béguinage et au Musée municipal Van der Kelen – Mertens (aujourd’hui M Leuven).

L’analyse de ces images nous informe non seulement sur les différents emplacements du retable, mais aussi sur les interversions de scènes au fil du temps et en fonction des lieux. Il s’avère que c’est surtout pendant la période passée au Grand Béguinage et lors du transfert vers la collection du musée que plusieurs scènes ont été transposées. En ce moment, nous étudions, avec le restaurateur, si les propriétés des matériaux nous permettent d’établir l’emplacement précis de chaque scène au XVIe siècle.

Nous poursuivons parallèlement nos recherches dans les archives afin de trouver des informations sur l’acquisition de l’œuvre au XVIe siècle. Ces recherches ont débuté dans les archives de Louvain, mais il se pourrait que les archives d’Anvers contiennent, elles aussi, des informations pertinentes. En effet, des marques de fabrique sur le retable nous indiquent avec certitude que c’est dans cette ville qu’il a été produit.

Stijn Lenaerts, de l’IPARC, examine de près le retable de la Passion.

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